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Les plus surprenantes histoires de 14-18 (La Boîte à Pandore)

Le saviez-vous ?

Les premiers tués français et allemands de 14-18 l'ont été avant la déclaration de guerre !

Jules-André Peugeot est né à Étupes, dans le Doubs, le 11 juin 1893. Issu d’un milieu modeste, il se destinait à la carrière d’instituteur, lorsqu’il partit faire son service militaire, au 44e RI de Lons-le-Saunier.
À l’été 1914, il est caporal et prépare le concours des officiers de réserve. Son régiment faisant partie des troupes de couverture, il a pour mission de surveiller la frontière franco-allemande, en cas de tension entre les deux pays. Fin juillet, à la suite d’une rapide escalade enclenchée à la suite de l’assassinat de l’archiduc d’Autriche François-Ferdinand le 28 juin précédent, celle-ci est à son comble. Le 30 juillet, pour tenter d’apaiser le gouverne- ment allemand, la France décide de reculer d’une dizaine de kilomètres ses troupes placées sur la frontière. C’est ainsi que les postes du 44e RI installés en avant de Delle, aux confins de la Suisse, du Reich allemand et de la France, doivent se replier sur Delle et Grandvillars.
Jules-André Peugeot, qui commande une escouade de la 6e compagnie du 2e bataillon, suit le mouvement général avec ses hommes, pour venir prendre position dans le village de Jon- cherey (au sud-est du Territoire de Belfort, trois kilomètres au nord de Delle). À la sortie sud-est du bourg, il a pour mission de surveiller la route de Faverois. Son poste est installé près de la ferme de la famille Docourt, à cinq cents mètres du bourg dans lequel stationne un escadron du 11e Dragons. Il est couvert par une sentinelle postée quarante mètres plus loin.
Le dimanche 2 août, premier jour de la mobilisation générale, prévue pour midi, la guerre n’est pas encore déclarée, mais chacun reste sur ses gardes. Peu avant 10 heures ce matin-là, la fille des Docourt, âgée de neuf ans, vient signaler au capo- ral Peugeot, qui est en train de se laver les mains avant de se mettre à table – on vient juste d’apporter la soupe pour son escouade –, qu’elle vient d’apercevoir des cavaliers « prussiens » en allant chercher de l’eau à la source voisine. De toute évidence, ce détachement de huit hommes du 5e Chasseurs à cheval de Mulhouse, qui progresse vers Jocherey en venant de Faverois a violé la frontière française et, profitant de la zone récemment laissée libre de troupes, il poursuit une mission d’exploration en profondeur. C’est le sous-lieutenant (leutnant) Camille Mayer qui le commande. Ce jeune officier qui a tout juste vingt ans est originaire d’Illfurth, au sud de Mulhouse, à une trentaine de kilomètres de là. Il connaît bien la région.
Peugeot se porte au-devant des cavaliers allemands qui viennent de bousculer la sentinelle. Un coup de sabre entaille sa capote et entame son ceinturon. Il prononce les sommations d’usage. En guise de réponse, Mayer sort son revolver et tire trois fois dans sa direction. La deuxième balle blesse grièvement le caporal, atteint à l’épaule droite, le projectile ressortant par la gauche. Les deux autres se perdent. Avant de s’effondrer, le Français a le temps d’épauler son fusil et de faire feu sur Mayer. L’officier est mortellement blessé d’une balle au ventre. Une autre balle, tirée par l’un des hommes de Peugeot, l’atteint à la tête et l’achève.
Retournant sur ses pas, Peugeot s’affaisse devant la maison des Docourt, où il rend l’âme aussitôt. Il est 10 h 07. Des dragons, alertés par les détonations, arrivent sur place. Trop tard. Le drame est consommé.
Privés de chef, les Chasseurs à cheval tournent bride et aban- donnent le terrain. Trois chevaux sont blessés et leurs cavaliers désarçonnés. Deux d’entre eux sont capturés dans l’après-midi : l’un par un habitant de Joncherey et l’autre par des dragons. Le troisième le sera deux jours plus tard. Le reste de la patrouille est pris en chasse par un peloton du 11e Dragons, mais il par- vient à rentrer sans encombre en territoire allemand.
Le corps du caporal est ramassé par ses quatre hommes, qui le ramènent en arrière et l’allongent sur la paille d’un hangar, à côté du cadavre de Mayer. Il est rendu à sa famille le 3 août, puis inhumé à Étupes, à une quinzaine de kilomètres de Jon- cherey seulement, le mardi 4, avec les honneurs militaires et en présence d’une foule considérable et émue. C’est qu’en plus de l’enfant du pays, elle pleure le premier mort militaire français de ce qui allait devenir la Grande Guerre.
L’officier allemand est enterré le 3 août, aux frais des officiers du 44e RI, qui tiennent par ce geste à rendre hommage à leur ennemi.
Le lendemain, l’Allemagne notifie à la France sa déclaration de guerre...
Le 3 décembre 1915 – il en aura fallu du temps –, le caporal Peugeot est cité à l’ordre du Régiment, avec la citation suivante : «Peugeot, Jules-André, caporal à la 6e compagnie. Le 2 août 1914, son escouade de garde à l’issue du village de Joncherey, a arrêté et dispersé la première patrouille qui violait le terri- toire français. A été tué par le lieutenant commandant cette patrouille au moment où il mettait en joue lui-même cet offi- cier et le blessait mortellement. »


A retrouver avec d'autres dans Les + surprenantes histoires de 14-18, chez Pandore / Jourdan

Tag(s) : #14-18, #Histoire, #France

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