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Contrairement à d’autres nations comme l’Angleterre ou la France, la Belgique n’a pas envoyé de troupes coloniales dans les tranchées européennes. Ce n’est pas pour autant que les Congolais n’ont pas connu les affres de la guerre. En effet, le Congo colonie belge depuis la mort de Léopold II en 1909 fut attaquée dès le 15 août 1914 par les troupes allemandes basées au Ruanda-Urundi. La mémoire collective belge du premier conflit mondial a par ailleurs retenu l’éclatante victoire à Tabora du général Tombeur le 19 septembre 1916.

Il eut cependant des soldats de couleur dans l’armée belge sur le front de l’Yser. Ce sont tous des volontaires de guerre. Leur nombre s’élèverait à 27 volontaires de guerre dont 25 originaires du Congo. La majorité d’entre eux travaillaient à la compagnie maritime belge ou en Belgique avant la guerre.

Dans les archives de l’Etat à Anderlecht, Dans le Fonds du « Conseil de guerre et armée en campagne 1914-1919 », j’ai retrouvé le dossier de trois soldats congolais qui ont été jugés au conseil de guerre près de la 1ère D.A.

Avant de relater les faits qui leur sont reprochés, quelques mots sur nos trois protagonistes :


Pierre S. est né à Jahoma (Congo belge) en 1890. Il est garçon de course à Bruxelles avant la guerre. Volontaire de guerre dans l’armée belge, il détient le grade de caporal.

Antoine B. est né à Bolongo (Congo belge) en 1896. Il est voyageur de commerce dans la région de Charleroi. Volontaire de guerre dans l’armée belge, il est soldat 2ème classe.

Pierre A. est né à Coquillatville (Congo belge) en 1894. Domicilié à Bruxelles, il est portier dans un cinéma de la capitale. Il est volontaire de guerre dans l’armée belge et détient le grade de caporal.

Selon l’enquête préliminaire et l’instruction menée par l’auditeur militaire, les trois volontaires de guerre ont demandé à leur supérieur à de nombreuses reprises d’être envoyés à l’arrière, prétextant ne plus résister au climat rigoureux. Le major commandant leur bataillon avait relayé leur demande mais celle-ci fut refusée. Par contre, la hiérarchie militaire acceptait d’accorder des facilités de service aux trois hommes. Mais ces derniers estimaient que ce n’était pas suffisant, ils continuaient à se plaindre et se montraient arrogants face à leurs supérieurs. Pour les mettre à l’abri des intempéries, le major décida de les envoyer à l’infirmerie divisionnaire située à Adinkerke car ils souffraient du froid et de l’humidité. Au lieu de se diriger vers l’établissement, ils se rendirent à Dunkerque où ils furent arrêtés par la gendarmerie de la 5ème D.A. Aux gendarmes, nos trois gaillards déclarèrent qu’ils ne recevaient plus de nourriture depuis vingt jours et qu’ils voulaient retourner dans le midi, destination qui aurait été accordée aux autres congolais de l’armée belge (pourquoi ces congolais sont-ils installés dans le midi ? Quelqu’un a-t-il des informations à ce sujet ?)

Revenus à leur unité, les deux caporaux apostrophèrent le médecin adjoint et leur disant qu’il n’était juste bon qu'« à mettre de la peinture d’iode ». C’est la goute d’eau qui fait déborder le vase et la justice militaire caractérisée par sa célérité se met en branle. Ils sont arrêtés le 17/02/1915 et inculpés pour des insubordinations commises le 8, 9 et 16 février de la même année. Les trois "nègres" comme on les appelle à l'époque sont condamnés à la perpétuité le 20/02/1915 par le conseil de guerre de la 1ère DA.

Il est amusant (enfin façon de parler!) de constater que ces hommes qui ont commis ces infractions militaires car ils voulaient partir pour le midi seront incarcérés après un long périple dans le sud de la France : incarcérés à Furnes le 17/02/1915, nous les retrouvons à Tarascon le 5/03/1915 et enfin à Nice le 2/09/1915. Ils sont libérés le 4/11/1915 et admis dans une compagnie de réhabilitation. Pierre A. est réhabilité le 20/06/1916, Pierre S. le 2/10/1916 et enfin Antoine B. le 19/04/1917. Mais ce dernier n’aura jamais connaissance de cette réhabilitation. En effet, dans une lettre du capitaine-commandant du camp de Ruchard, nous apprenons qu’il est décédé le 18 décembre 1915 à l’hôpital militaire...

Tag(s) : #Mes livres et mes publications, #Histoire, #Belgique, #14-18, #justice militaire, #Congo

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